Autour de Gahila

Cette petite nouvelle n'est pas un extrait de Gahila, mais plutôt ce que des anonymes pourraient vivre autour de l'histoire principale.

 

Andar, village de pêcheurs, année 2793.

 

 Dans le tunnel dix-sept, une faible lueur danse au gré des courants d’air. Elle éclaire la voie à deux silhouettes qui marchent entre des parois aux pieds jonchés de morceaux de ferraille tordus, d’éclats de carrelages usés, de cadavres de rongeurs, de rouages, de composants électroniques, de vis et de clous. L’endroit semble abandonné. Pourtant, la grande ombre s’arrête devant un panneau rouillé et le pousse avec précaution.

 

Le temps de franchir le seuil, un rayon orangé inonde le couloir qui, l’instant d’après, retombe dans des ténèbres silencieuses.

 

Les halos vacillants des voyageurs caressent des fusils entassés pêle-mêle et des pièces détachées alignées avec soin qui encombrent de vieilles tables fixées sur un sol de béton effrité.

Le long des murs gris, des vasques emplies de liquide noir en côtoient d’autres dont les reflets argentés égayent la pénombre.

Il règne ici, une atmosphère saturée d’odeurs métalliques.

 

Le plus petit des deux escalade un haut tabouret et observe les armes des anciens. La texture de ses muscles et le réseau des veines transparaissent sous une peau dépourvue de derme et de pilosité.

— Les lasers de poings sont trop miniaturisés pour qu’on puisse les exploiter avec l’équipement dont on dispose, explique le grand. Mais nous savons doter ceux-là de plaques solaires amplifiées.

Tior, âgé de six ans, ne pose pas de questions. Depuis sa naissance, il baigne dans un climat de répression, et depuis le couronnement du nouveau roi, leur situation s’est empirée puisqu’il incite ses partisans à les exterminer, eux, les mutants du nuage toxique. À ses yeux, ils ne sont qu’une erreur provoquée par l’explosion de la centrale. Ils insultent l’infécondité des sains qui peinent à se reproduire, car, même s’ils vieillissent vite, eux se multiplient normalement.

Tior veut profiter du peu de temps que la nature lui a accordé. Les mères l’affirment ; il en a le droit, et le souverain précédent condamnait celui qui osait porter atteinte à la vie, même la leur.

Son épiderme, fin et translucide, brûle au contact du soleil, voilà pourquoi, avec les siens, il hante les sous-sols d’Andar. Entre les rails des anciens métros, ils ont bricolé des cases avec des matériaux de récupération pour préserver leur intimité malgré la promiscuité.

Il se souvient qu’avant le sacre du roi actuel, ils sortaient admirer la grosse planète de gaz au moment où elle affleurait l’eau du fleuve. Ils commerçaient avec les sains qui le désiraient. Aujourd’hui, ils doivent s’enterrer, été comme hiver, et tuer ou mourir. Ou les deux à la fois.

 

Jusqu’à hier, Tior jouait à l’abri de son village éphémère. Au retour des guetteurs, il se mêlait à la foule qui les accueille et son cœur s’emballait d’angoisse en cherchant son père du regard.

La même peur l’étreignait lorsque l’équipe de ravitaillement s’aventurait au-dehors.

Presque tous les jours, un mutant disparait.

Désormais, le travail occupera son esprit. Il ruminera moins.

Il est content de servir la communauté.

 

— Là, tu récupères le decht. Tu le transfères dans ce récipient pour provoquer une réaction avec cette substance brillante : le bo-oul liquéfié. Malia va te former.

Il le laisse entre les mains de l’adolescente. Lui n’a appris qu’à utiliser la production des techniciens, il vit pour défendre les siens. Avec son unité, il se tapit dans l’ombre des sorties désaffectées et prévient le chef dès qu’un groupe de villageois armé de bâtons enflammés s’en approchent. Ceux de la surface ne savent pas réparer le matériel des ancêtres. Ils les brûlent, les décapitent à l’épée ou les transpercent de flèches.

Les vigiles différencient les chasseurs de ces assassins et ouvrent les hostilités sans sommation. En général, cela suffit à refroidir les ardeurs.

En général.

 

Malia s’occupe de la partie chimie. Elle dit à Tior que quand elle n’aura plus rien à lui enseigner, Mouss l’instruira à l’optique.

 

En un an, Tior devient expert en armement. Sur les deux années suivantes, il remet en état six cents lasers.

 

***

 

Ce soir-là, ils rangent les outils et se préparent à rejoindre le camp, installé au troisième sous-sol depuis le début de la saison chaude. Le souffle de leur lune parcourt les tunnels et forme des tourbillons de poussière qui piquent les yeux. Alors, ils attendent l’accalmie en plaisantant.

Le picotement du gravier sur les parois d’acier cache un autre son, celui du feulement d’une meute assoiffée de sang. Ils n’entendent rien de la course sauvage et à l’instant où la porte cogne violemment le mur, il est trop tard, les carreaux d’arbalètes sifflent et atteignent leur but.

 

***

 

Le lendemain du drame, au huitième sous-sol, couloir quinze, Elfh, huit ans, entre dans l’armurerie que lui présente son grand-frère…

 

***

 

(Nouvelle inspirée de Gahila, trilogie éditée par numeriklivres. Disponible sur toutes les plateformes immatérielles).

 

https://www.ibooktheque-librairie.com/produit/79/9782897177119/GAHILA%20tome%201

 

 

Elisabeth Charier

 

 

 

 

 

 

 

 

      

 

Écrire commentaire

Commentaires: 2
  • #1

    Alain Louisfert (mercredi, 23 mai 2018 11:53)

    Formidable. Quelle imagination �

  • #2

    charier (mercredi, 23 mai 2018 13:14)

    merci beaucoup :)