couché de soleil sur Gahila
couché de soleil sur Gahila

Olie et Tiala

 

 

Premier été 2790

 

Assises sur le rocher qui surplombait leur petit village, Tiala et Olie regardaient le nouveau soleil se coucher. Elles venaient toujours là le jour des premiers rayons. Le « renouveau » comme l’appelaient les anciens. Mais depuis trois ans, chaque fois que Gahila revivait, Olie se sentait mourir un peu. Hier soir, elles avaient allumé le bûcher sous la dépouille de leur mère, victime du colium. Ce puissant parasite entrait sous les griffes des pieds, se propageait dans le sang en deux jours et terrassait son hôte furtivement. Voilà pourquoi l’inévitable issue le prenait par surprise.

– Je m’en vais demain, déclara brutalement Olie.

Tiala serra ses genoux relevés entre ses bras.

– Nos ancêtres sont nés ici, objecta-t-elle.

– Ils ont vieilli ensemble. Que deviendrons-nous quand ils seront tous incinérés ? Je pars pour Léña, j’ai besoin de trouver mon âme sœur.

– Et moi ? Je suis quoi pour toi ?

– Ma petite sœur, sourit Olie. Je parlais d’un mari. C’est normal d’espérer ça à dix-sept ans.

– Et à quinze ?

– Aussi.

– Je viens avec toi.

– Je préfèrerais que tu me rejoignes l’été prochain.

– Pourquoi ? s’étonna Tiala. Tu ne veux pas faire route avec moi ? T’as peur que je te gêne ?

– Non, non…

– Tu sais que j’ai besoin d’un instructeur, tu l’as dit tant de fois.

– Grand-père est bon instruc…

– Je suis une Foëzine[1] ! Il craint tant les esprits qu’il ne m’approche pas !

Et voilà, elle pleurait.

Olie soupira. Sans elle, Tiala n’aurait pas vécu très longtemps. Sa maladresse et sa propension à attirer le danger l’aurait tuée à coup sûr. Olie pensait être née pour la protéger, elle s’y pliait depuis l’âge de quatre ans. Pourtant, elle hésita, car le grand-père, son instructeur-devin, lui avait parlé de sa fin tragique. Pourrait-elle contrer ses sombres prédictions ? Et que deviendrait-elle si elle l’abandonnait ici ? À sa décharge, le vieux n’avait pas nommé le lieu du drame, il s’était contenté de la mettre en garde sur un éventuel voyage périlleux. Olie s’entrainait depuis trois ans dans le but de partir et aujourd’hui, alors qu’elle se sentait prête, elle devait choisir entre Tiala et son destin. Pourrait-elle la protéger sur ce long chemin qui les attendait ?

Finalement, elle décida que oui.

– D’accord, tu viens, mais je te préviens, nous marcherons tout l’été.

– Ça ne me fait pas peur, assura la jeune fille en séchant ses larmes.

Elles regardèrent les rayons allumer les cimes puis les éteindre avant de redescendre le sentier rocailleux qui menait au village.

 

***

 



[1] Foëzine : Herrien qui communique avec les morts.