les soldats dans les bois
les soldats dans les bois

Chapitre treize – Les éclaireurs

 

Sur une demi-journée, les voyageurs rencontrèrent des signes de vie récents. Stères de bois, cabanes de chasseurs, sculptures… Les soldats flambèrent une vieille masure à midi et se restaurèrent des restes du gibier tué par leurs amis. Puis, fébriles, ils reprirent les rênes de leur monture en échangeant sur leurs espoirs, ceux d’atteindre le fleuve avant la nuit.

 

En début de soirée, les premières lueurs de l’astre leur offrirent une vision différente de la forêt. Les couleurs ravivées leur éclatèrent au visage, ses rayons pétillèrent sur les dernières plaques de glace. Émerveillés du spectacle, ils entrèrent sur une clairière baignée de lumière. Soudain, les geslis désarçonnèrent nerveusement les vingt premiers qui disparurent sous terre.

– Reculez ! Reculez ! C’est un piège !

Un vent de panique se répandit jusqu’en queue de colonne.

– Dégagez le sol ! hurla Hélonn qui se trouvait au plus près.

Les suivants descendirent de leur monture, tirèrent prudemment les branchages et découvrirent un cratère dont ils débroussaillèrent les bords. Sitôt l’endroit déblayé, d’autres lancèrent des lianes. Mais les victimes les ignorèrent, elles se débattaient dans une eau qui semblait les brûler.

– Les cordes ! crièrent les compagnons. Attrapez les cordes !

Sans relâche, ils s’égosillèrent sur cette supplique.

Finalement, cinq d’entre eux entendirent et barbotèrent vers elles. Seulement, elles suintaient d’humidité et les mains boueuses glissaient comme le savon. Ils montaient, replongeaient, reprenaient leurs efforts…

– Enroule-la autour de ton poignet ! feula Hélonn à la troisième tentative de l’un d’eux.

 

Le reste de la troupe, arbalètes enclenchées, entourait ce point mortel et la centaine de compagnons qui s’évertuaient à sauver leurs camarades. Du regard, ils fouillaient le bois à la recherche de l’ennemi.

 

Six flèches minuscules en blessèrent trois. Lester ordonna des réponses aléatoires dans les directions que pointèrent ceux qui avaient su suivre les trajectoires. Aucun adversaire ne chuta des arbres visés, pourtant les tirs cessèrent et ils purent monter le camp, car les ténèbres envahissaient la forêt et toutes les victimes n’étaient pas encore sorties de l’eau.

 

Quatre noyés, seize brûlés par une substance inconnue. Les guerriers enterrèrent les morts et confièrent les blessés à Pohog qui travailla beaucoup cette nuit-là. Malheureusement, il ne put qu’alléger leurs souffrances en attendant une véritable guérison qu’il prédit longue.